Pourquoi le deuil d’un animal de compagnie est si difficile à vivre et si peu compris?

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Image crédit : shutterstock

Pourquoi le deuil d’un animal de compagnie est si difficile à vivre et si peu compris?

Frantz Cappé, vétérinaire parisien, publie ce jeudi un livre consacré cette épreuve souvent très pénible…

« Mon chien, mon chat va partir », livre du vétérinaire Frantz Cappé sorti ce jeudi 6 avril, se veut un guide pour les propriétaires pour se préparer à la mort de son animal. –

Pas moins de 180 commentaires en quelques jours… Vous avez été très nombreux à répondre à l’appel à témoignages lancé vendredi dernier par 20 Minutes sur le deuil de votre animal de compagnie. Le Dr Frantz Cappé n’est pas si surpris de ce flot de réponses. Vétérinaire depuis 22 ans à Paris, il sait le sujet concernant. « Je le vois dans ma salle d’attente où j’ai entreposé tout un tas de dépliants, explique-t-il. Celui sur le deuil de son animal de compagnie est le plus consulté.

« Membre à part entière de la famille »

Face à ces interrogations, Frantz Cappé s’est décidé à écrire un livre, Mon chien, mon chat va partir (Albin Michel) sorti ce jeudi. Cet ouvrage, fruit de son expérience et de discussions avec le psychiatre Christophe Fauré, se veut un guide pour les propriétaires pour se préparer à la mort de leur animal.

Car le deuil peut être très pénible. Les 180 commentaires récoltés par 20 Minutes en témoignent. Les chiens et chats partis y sont le plus souvent mentionnés par des surnoms affectifs et sont décrits comme « des membres à part entière de la famille ». « Cela va faire deux ans et je ne m’en remets pas », raconte par exemple Nathalie qui évoque un grand vide ressenti depuis la mort de son chien.

« Une plus grande proximité physique et affective »

Se remettrait-on alors plus difficilement de la mort de son animal de compagnie qu’autrefois ? « Dans les sociétés plus rurales, il pouvait déjà se nouer des liens très forts entre hommes et animaux, y compris ceux qui devaient être un jour conduits à l’abattoir, répond le sociologue Dominique Guillo, directeur de recherche au CNRS et auteur de Des chiens et des humains. Mais ces animaux étaient néanmoins tenus à une certaine distance, les chiens vivaient le plus souvent dehors par exemple. »

Cette barrière tend à s’effacer aujourd’hui, en particulier en milieu urbain « où beaucoup de chiens et chats vivent dans les maisons, dans une très grande proximité physique et affective avec leurs maîtres, poursuit Dominique Guillo. L’animal de compagnie est alors parfois traité comme un membre de la famille et sa mort laisse alors place, plus souvent qu’avant, à un deuil. »

Des animaux plus sympas qu’avant ?

Il n’est pas facile d’expliquer cette place prise par l’animal. « Plusieurs hypothèses sont émises, mais elles sont bancales pour l’instant », note Dominique Guillo. L’une d’elle consiste à dire que le tissu familial tend à se défaire dans les sociétés industrielles et l’animal de compagnie serait alors un moyen de combler le manque d’affection des personnes en proie à l’isolement. « Or, les familles où l’on trouve le plus d’animaux sont précisément celles avec enfants », explique Dominique Guillo.

Une autre hypothèse consiste à dire que la psychologie des animaux de compagnie a changé. « Justement parce qu’ils ont été au contact d’humains qui les ont traités de façon bienveillante, poursuit Dominique Guillo. Autrement dit, ils sont plus sympas, ce qui facilite les adoptions comme de plus forte intégrations dans la cellule familiale. »

Faut-il alors veiller à ne pas trop s’attacher à son chien ou son chat ? Michel Fize balaie la question. Ce sociologue à la retraite, un temps candidat à la présidentielle pour défendre la cause animale, a sorti en juin dernier Merci Will et à bientôt qui revient sur les dix-sept mois de deuil qui ont suivi la mort de son labrador. « Un chien est toujours content, toujours fidèle… Quand on le côtoie de longues années, c’est difficile de rester continuellement sur la réserve », estime-t-il.

Pas facile d’en parler à l’entourage

D’où ces remarques plusieurs fois entendues par Michel Fize et qui ont eu le don de l’agacer : « ce n’est qu’un chien », « Prends en un autre »… Cette difficulté à parler de la perte de son animal de compagnie est plusieurs fois évoquée dans les témoignages reçus par 20 Minutes. Aux Etats-Unis ou au Canada, des entreprises laissent leurs employés prendre des jours de congé en cas de décès de leurs animaux de compagnie. « On n’en est pas là encore en France, note Frantz Cappé. Ce serait pourtant une évolution positive et un moyen d’éviter que les propriétaires endeuillés se fassent arrêter par leur médecin. » En attendant, Eloïse a ravalé son chagrin en apprenant la mort de son chat en pleine journée de travail. « J’avais peur qu’on considère qu’un animal ne mérite pas autant de chagrin », témoigne-t-elle à 20 Minutes.

Frantz Cappé aborde ce point dans son livre, allant même jusqu’à lister des formules à l’attention de l’entourage pour soulager la peine de propriétaires endeuillés. « Croyant bien faire, les proches ont souvent tendance à vouloir minimiser la perte de l’animal », remarque-t-il. Michel Fize, lui, aimerait bien voir se créer « des groupes de parole, où on pourrait s’exprimer sans honte sur la perte de son animal ».

Et adopter un nouvel animal ?

Une autre solution souvent évoquée pour se remettre du deuil est tout simplement d’adopter un nouvel animal. A quel moment le faire ? « Chaque cas est différent, quand on se sent prêt tout simplement », répond Frantz Cappé. Parfois même, le faire avant même la mort de son compagnon peut être salutaire.

« Le senior ne ressent pas l’arrivée d’un petit jeune comme une trahison, explique le vétérinaire. Et l’effet peut être doublement bénéfique : il va stimuler le vieux chien ou le vieux chat et, lorsque le senior disparaîtra, ce petit animal demandera toujours soins, amour et attention, ce qui réduira le chagrin. »

Source : www.20minutes.fr

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